Paroisse de l'Abbaye sous Dol

[abbaye sous dol] - [seminaire]

LES ANCIENS COUVENTS DE DOL, Le Prieuré Notre-Dame de Dol,
LES EUDISTES A DOL

Mgr Charles d'Espinay, Evêque de Dol (1565-1591) ayant assisté au Concile de Trente, résolut d'en mettre à exécution les prescriptions relatives à l'éducation des Clercs et, en 1585, ayant le dessein d'établir un Grand Séminaire dans sa ville épiscopale, il choisit le chantre Thomas Faverel, l'Archidiacre Guillaume Le Corvoisier et le Chanoine Raoul Guiller, docteur en théologie, de s'occuper avec lui de cette importante affaire. Mais des obstacles s'opposèrent alors à la réalisation de ce projet.

Son troisième successeur Mgr Hector d'Ouvrier, (1640-1655), reprit ce projet avec ardeur. Mais ayant été transféré sur le siège de Nîmes en 1655, ce dessein se trouva ajourné.

Mgr Mathieu Thoreau (1660-1692) jugeant la situation du diocèse de Dol dont les enclaves étaient très éloignées les unes des autres, et la difficulté à réunir des Clercs dans une même maison, envoyait ses ordinands dans des Séminaires voisins comme à Rennes et à Saint-Mein.

La réussite de l'entreprise était réservée à Mgr Jean-François de Chamillard (1692-1708), qui, par suite d'adroites combinaisons put se procurer un lieu convenable dans le Prieuré de l'Abbaye.

Ce prieuré de Notre-Dame de Dol avait été fondé en 1068 par Jean de Dol, fils de Rivallon, chef de la Maison de Dol et de Combourg. De concert avec son frère Gilduin, chanoine de Dol, il avait donné à un autre de ses frères Guillaume, abbé de Saint-Florent de Saumur, la terre de Mezvoit (aujourd'hui Maboué), située aux portes de Carfantin, avec l'intention de fonder un prieuré du même Ordre.

L'Archevêque Even (1076-1095) (à cette époque les prélats de Dol jouissaient encore du titre d'Archevêques) approuva cet établissement ; il désigna le lieu où devait se bâtir le monastère, il en bénit la première pierre et planta une croix où l'on devait construire l'Eglise. Peu de temps après, il érigea en paroisse le territoire de Mesvoit.

Fondé, le prieuré de St-Florent porta le nom d'Abbaye, bien qu'il n'y ait jamais eu d'abbés à la tête de ses religieux.

Le Prieuré de Dol fut confirmé en 1086 par Alain Fergent, duc de Bretagne, et dans l'Acte de confirmation, il est dit que l'Eglise est consacrée à Dieu, en l'honneur de la T. S. Trinité de la Vierge Marie et de Saint Florent, confesseur.

Au XIIe siècle les papes Calixte III, Innocent II et Urbain III confirmèrent l'Abbaye de St Florent de Saumur dans la possession de l'Eglise St-Florent de Dol avec. Tous ses droits, immunités et dépendances.

Au XV" siècle, le Prieuré tomba en commende, et ce fut le point de départ d'un certain relâchement, spirituel.

En 1633, M. Edmond de Revol, chantre et chanoine de Dol, y fit bâtir une maison prieurale. Vers 1650, on fit construire un mur pour fermer la maison du prieur, le jardin, le verger et les cours.

En 1652, l'Evêque Robert Cupif (1648-1659), voulant y réorganiser le culte, fut éconduit par le prieur conventuel. Mgr Thoreau, son successeur (1660-1692), prononça la suspense canonique contre le prieur Louis Julliot de Sion qui fut révoqué de sa charge

En 1697, Mgr de Chamillard (1692-1702) demande la cession de l'Abbaye sous Dol pour y établir son Grand Séminaire. M. de Fourcy, dernier prieur commendataire, acquiesça au désir de l'Evêque, à certaines conditions, consenties par le Prieur général du Monastère de Saumur.

Louis XIV envoya des Lettres patentes à Mgr de Chamillard pour l'établissement de ce Séminaire et, dès le mois de mai 1698, de nouvelles Lettres supprimaient le titre de Prieuré et le transformaient en Séminaire Diocésain.

Toutes ces choses définitivement réglées, l'Evêque proposa la direction de son Séminaire aux Pères Jésuites qui refusèrent vu le triste état de l'ancien monastère, et les revenus si insuffisants pour l'entretenir.

Mgr de Chamillard résolut d'en confier la direction et l'installation à quelques prêtres séculiers : M. de Saint-Aubin, Directeur et curé de Cabourg, M. de Lourmel, Directeur des ordinands, M. Porie, économe, M. Lejeune professeur de théologie.

Dès 1699, on reçut quelques ordinands. M. de St-Aubin fit  approprier  la  maison  aux  usages  d'un  Séminaire  et réparer l'Eglise. Il fit de grandes dépenses difficilement remboursées. Mais dès la seconde année, à la suite de difficultés, M. de St-Aubin sollicita le prélat d'accepter sa démission et de lui substituer une congrégation religieuse.

LA RÉVOLUTION
SORT DES PRÊTRES DU SÉMINAIRE

Dans sa fameuse séance du 4 Août 1789, l'Assemblée Nationale déclara  que  les biens ecclésiastiques appartenaient à  la Nation. En conséquence, le 13 novembre, les bénéficiers et les supérieurs des maisons religieuses reçoivent l'ordre de faire la Déclaration détaillée de tous leurs biens.

De la déclaration que firent les Eudistes de Dol, il résulte que le revenu du  Séminaire  étant de  1.050 livres en dîmes,  3.075 livres en biens fonds,  1.263 livres en fiefs divers,  100 livres en lots et rentes,  mais les charges étaient considérables.  (Archives de la Congrégation).

Le 8 Juillet 1790, l'Assemblée avait établi une nouvelle circonscription  des diocèses,  et  le  siège  de  Dol  se  trouvait supprimé et réuni à celui de Rennes. Le Séminaire était supprimé par la même raison. Toutefois la rentrée se fit comme de coutume, et les cours recommencèrent au mois de Septembre. Le 19 de ce mois, les Eudistes de Dol adressèrent une requête au Directoire de Rennes pour faire ordonner chez eux les Séminaristes qu'ils dirigeaient,  vu  qu'aucun évêque  ne résidait au chef-lieu du département.

Dans une réponse du 23 octobre, les administrateurs rejetèrent cette  demande. Ils ajoutaient  que  le décret du  12  juillet ne reconnaissant qu'un Séminaire par diocèse,  les Eudistes n'auraient pas dû recevoir les Séminaristes à la rentrée ordinaire des cours et ils leur enjoignaient de les renvoyer sous huitaine.

Le Supérieur, M. de Launay, se garda bien d'obtempérer à cet ordre, et malgré le refus du Directoire, une ordination nombreuse eut lieu à Dol le 14 Décembre, tant pour les Séminaristes du Diocèse supprimé que pour ceux des diocèses voisins.

Prévenu de cette infraction, le Directoire confirma son Arrêté le 7 Janvier 1791, et chargea le Procureur Syndic du District de Dol d'expulser les Séminaristes.  Ils durent donc se disperser pour ne plus revenir.

A cette date, la Communauté des Eudistes ne se composait plus que des cinq prêtres et de quatre Frères domestiques : MM. Pierre de Launay, Supérieur et Curé de la paroisse de N.-D. de l'Abbaye-sous-Dol ;  Jean Davrol ; Martin Collas ;  Pierre Levrel et Jean Marie.

Dès le 25 octobre 1790, l'Assemblée Nationale avait décrété que tous les prêtres fonctionnaires  publics  seraient  obligés d'accepter par serment la Constitution Civile du Clergé.  Bien que le Séminaire n'existât plus en droit, on demanda aux Eudistes la prestation du Serment en qualité d'administrateurs de la Cure de l'Abbaye. Ils refusèrent énergiquement.

Une délibération du Conseil constate que la plupart des Recteurs ou Curés, ainsi que M. l'Abbé Delacroix,  Principal  du Collège de Dol, et ses quatre professeurs refusèrent aussi le serment : « C'est, dit cet Acte, l'effet du voisinage du Séminaire et du Concert qui règne entre les Eudistes et le Collège.... Le Séminaire est le foyer de ce qu'on appelle aristocratie ecclésiastique,  et tant que  les  Eudistes  y  resteront,  ils  seront  une cause d'insurrection. »

Le 25 Janvier 179.1, Mgr de Hercé publia une Lettre Pastorale où il condamnait comme illégale la suppression de son diocèse et comme schismatique la Constitution  Civile du Clergé et le serment de la maintenir.

Mgr de Hercé fit sa dernière Ordination le 19 mars 1791 et donna la prêtrise à quatre diacres de son Diocèse :   Pierre Forget, Augustin de  la Lande,  Charles Le Forestier et Julien Briand, et signa ce procès-verbal : Evêque et Comte de Dol par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège Apostolique.

Bien que le Séminaire fut supprimé, les Eudistes avaient le droit d'y demeurer encore, à cause de la paroisse de l'Abbaye dont ils étaient les administrateurs. Afin de s'en débarrasser  dès le 4 février, le Directoire de Dol adressa à celui, du Département une requête pour obtenir la suppression de la paroisse.

Dans une délibération du 7 Juin, il est dit que « le Sieur de Launay, ci-devant Supérieur du ci-devant Séminaire de Dol, est décrété pour avoir parlé et agi contre la Constitution. »

Le 9 Juin, la Société des Amis de la Constitution vint aussi témoigner aux administrateurs du Directoire sa surprise de ce qu'il souffrait au ci-devant Séminaire les Eudistes,  sous le coup d'un décret pour désobéissance à la loi. Il était hautement urgent de dissiper des sujets aussi dangereux.

Le Directoire répondit que la réunion de la paroisse de l'Abbaye à celle de Notre-Dame les ferait déguerpir, et il arrêta qu'il se transporterait au  Séminaire pour sommer  les Eudistes de le quitter. C'est ce qui eut lieu en effet, et dès le lendemain 10 Juin ; le Directoire, accompagné d'un détachement de la Garde Nationale, vînt en fermer les portes. Les Eudistes durent céder devant la force armée. On posa les scellés et l'on dessaisit (sic) le maire de la clef de l'église.

Dès le lendemain de cette expulsion, le citoyen Le Coz, évêque  constitutionnel  d'Ille-et-Vilaine,  confia  provisoirement  la cure de l'Abbaye au Sieur François Guillot, curé jureur de Notre-Dame.

Le 17 Juin, les biens du Séminaire furent vendus nationalement au prix de 76.350 francs. Ils consistaient surtout dans le domaine de l'enclos, formé de prairies et de 14 journaux de terres labourables ; plus la métairie  de  Maboué en  Dol,  les Fongeroux et les Houssais en Mont-Dol et la terre des Hièbles; Les bâtiments et les jardins avaient été réservés, et le 29 novembre 1791, on y installa l'hôpital de Dol.

Cette destination n'a pas été modifiée depuis lors. L'ancienne église de N.-D. de l'Abbaye sert de chapelle à cet hospice. On y remarque encore, sur la table de communion, deux cœurs en cuivre doré qui attestent la dévotion  des Eudistes aux Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, et dans la sacristie meublée par eux, on lit toujours sur les tiroirs les noms de M. le Supérieur, M. l'Econome, M. le Préfet des Ordinands. — On y conserve également un ornement de Mgr de Hercé.

Sans s'effrayer des menaces des patriotes, M. de Launay resta caché durant la Révolution dans sa paroisse de l'Abbaye-sous-Dol. Et tout en étant à deux pas de ses ennemis, il sut constamment échapper à leurs poursuites. Affaibli par ses fatigues et ses privations, il se retira en 1803 chez son neveu, recteur de Plerguer, et y mourut le 17 novembre 1805, à l'âge de 73 ans.

M. Pierre Levrel, ancien professeur de théologie,  refusa d'émigrer et resta lui aussi dans les environs. Nommé Recteur de Plerguer le 16 Juillet 180:3, il y mourut le 14 Mai 1806.

M. Jean Marie,  caché aux environs de Dol,  exerça le saint ministère en plusieurs paroisses, particulièrement à Saint-Broladre. En 1802, il se rendit à Rennes. Revenu à Dol en 1805, il contribua à l'organisation de l'hospice dans les anciens bâtiments du Séminaire dont il fit réparer l'église. Il y resta aumônier jusqu'à sa mort en 1821.

M. Jacques David, préfet des Ordinands, chassé du Séminaire, se retira à Régneville. Obligé de quitter la France en Septembre 1792, il passa à l'île de Jersey où il resta jusqu'en 1796. De là il  fut  transféré  dans  la  Northumberland  où   il   s'occupa   à   construire des cadrans solaires pour se procurer sa subsistance. Puis il  rentra  à  Regneville  où  il  administra  la  paroisse pendant  27  ans. Il  mourut le  29 Juillet  1833,  à  77  ans.

M. Martin Collas, ancien professeur de Théologie, émigra à Jersey avec Mgr de Hercé, et ensuite à Londres où il passa toute la période révolutionnaire. Rentré en France en  1802,  il se retira dans sa famille à Morsalines, puis à Rideauville, où il mourut subitement le 23 août 1802, âgé de 38 ans. Il fut inhumé dans le cimetière de  Saint-Vaast-la-Hougue.

Note. — La Municipalité de l'Abbaye a été érigée le 2 février 1790. Elle fut supprimée le 21 Janvier 1791. Elle eut 2 maires : MM. Juhel de la Plesse et Blandin de Mutelien.  

 

Sources Edouard Nourry, Guillotin de Corson, Juhel de La Plesse, Delarue, Joseph Dauphin.

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mise à jour le 30/04/2010

 

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